Et si l’on mélangeait enfin les torchons et les serviettes ?

 
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En quête d’un sujet d’article pour alimenter (et féminiser) un peu plus vive le sport, je me suis surprise à demander autour de moi des idées, des souhaits de thématiques à aborder. Et après analyse des propositions de chacun, j’ai eu tout naturellement un petit rire nerveux, en constatant (mais sans grande surprise) que les sujets que la gente masculine m’avait généreusement proposé de traiter reflétaient -pour la plupart- d’une (dure) réalité : la vision de la place des femmes dans le monde du sport n’a malheureusement pas beaucoup évolué au cours de ces dernières décennies !

En effet, même si les conseils d’articles qui m’ont été faits ne témoignent pas d’un machisme profond, il s’avère tout de même que l’on ne « confie » aux femmes que des sujets traitant des sports….de femmes, des biographies … de sportives féminines, et que la seule raison pour laquelle on veut bien nous laisser parler de foot, c’est pour citer les 5 plus beaux postérieurs de footballeurs, ou encore les 5 coiffures les plus ringardes du monde du crampon ! Parce que non mesdames, il ne semble pas envisageable de traiter certains sujets de sport sans avoir en soi une bonne dose de testostérone !

Alors du coup, par curiosité (et aussi par rage ! Grrrr) je me suis tournée vers les médias existants pour regarder un peu ce qu’il en était dans la réalité : quelle place occupe la femme dans le monde de la critique sportive ? L’équité est-elle de rigueur ou alors, comme je le crains fortement, octroie t-on aux porteurs des chromosomes XX une place de second choix, une place sur le banc de touche ?

Un tube cathodique et des ondes trop peu féminisés…

Si je vous demande de me citer des commentatrices/journalistes sportives, que me répondrez-vous ? Au mieux peut-être me citerez-vous Estelle Denis, Amélie Moresmo, Céline Géraud ou peut-etre encore Marion Jollès….Mais si en revanche je vous demande des noms de commentateurs/journalistes sportifs, alors là, ya pas souci, les noms fusent.
Et oui vous voyez, à la tv, à radio et sur le net le monde de la critique sportive reste majoritairement masculinisé. Alors oui,  me direz-vous, la place des femmes grandit tout de meme au fil du temps, mais le déséquilibre reste bien présent. Pour preuve, il y a encore quelques années, seuls 5% des journalistes sportifs affiliés à l’Union des Journalistes de Sport en France étaient des femmes.

En 2008, Nicolas Delorme et Pauline Raul (sociologues) ont mené une étude intéressante sur la place des femmes dans le monde du journalisme sportif. Dans cette étude, ils nous apprennent que cette tendance s’explique en partie par le fait que « cette profession s’est construite autour d’un comportement macho, renforcé par une longue tradition de misogynie »,
P. Raul ajoute à cela que l’on « garde encore une vision de la femme peu à l’aise avec la technique, mais à l’aise avec les émotions. Ainsi, le côté expertise est encore réservé aux journalistes hommes, tandis que l’on confie aux femmes la psychologie et les portraits ».
Cette vision d’ailleurs se retrouve parfaitement au niveau des sports couverts : les sports connotés « féminins » réservés aux journalistes et commentatrices sportives (patinage artistique, natation, gymnastique), tandis que les « VRAIS » sports,  les plus médiatisés par ailleurs (foot, rugby, tennis, cyclisme) restent sous le contrôle de journalistes/commentateurs hommes.

Mais fort heureusement, certaines femmes arrivent à se faire une place dans ce monde d’hommes. Citons par exemple, Lawrence Leenhardt, correspondante à Bordeaux pour le quotidien l’Equipe.(voir vidéo plus bas).

Paradoxalement à ce constat, il semble aujourd’hui que les rédactions sportives soient de plus en plus à la recherche de sang féminin pour venir apporter un regard neuf, une sensibilité différente au monde du sport. Mais malheureusement, en face, les femmes journalistes semblent peu tentées par le monde du sport, en comparaison à d’autres secteurs, tels que la politique (beaucoup plus porteurs pour elles, en terme de réussite professionnelle).

Mais alors, me direz-vous, si le serpent se mord la queue, comment résoudre ce problème ? Et bien, je ne sais pas… Peut-être suffirait-il simplement de changer nos comportements face au sport, ne pas se dire qu’il y a des « sports d’hommes » et « des sports de filles » , ne pas interdire votre fils de s’essayer à la danse contemporaine, ni votre fille de vouloir rentrer dans le tas sur un terrain de rugby !
Peut-etre alors que vous porterez, Messieurs, un regard plus ouvert sur la pratique de certains sports par les femmes et constaterez qu’elles réalisent -elles aussi- un VRAI jeu ! Stop au mépris et au dénigrement sil vous plait !
Tous ces changements permettront alors une meilleure médiatisation des sports pratiqués par les femmes, ce qui laisserait -devant votre intéret grandissant pour leur beaux jeux- plus de place aux retransmissions de matchs des clubs féminins !

Alors oui messieurs, il va falloir encore faire des efforts ! Et finir par accepter notre capacité d’analyse perspicace des matchs , et nous laisser ainsi la possibilité d’occuper davantage de postes de commentatrices sportives. Car évidement, c’est lorsque la pensée collective acceptera cela que les femmes oseront davantage s’engager dans cette profession.

Vous voulez commencer votre thérapie dès à présent ? Essayez de vous tourner vers les sports qui semblent mettre en danger votre virilité !! Ce n’est pas parce que vous suivrez un cours de danse ou encore de gym que votre image en sera dégradée ! Bien au contraire, car oui messieurs, sachez le… nous, un homme qui sait danser, faire preuve de sensibilité et qui maitrise son corps à la perfection… bah ca nous fait fondre 🙂

Auteur: Alex

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